
Comprendre l’osmose
Sans entrer dans les détails d’un sujet que nous avons déjà traité, nous allons simplement rappeler le phénomène, dire comment la détecter et la traiter. La définition scientifique de l’osmose est « un phénomène physico chimique qui se manifeste entre deux solutions de concentrations différentes séparées par une membrane semi-perméable ». Sur une coque de bateau en polyester nous avons les ingrédients qui correspondent à cette définition. En effet, la coque d’un bateau est faite avec de la fibre de verre imprégnée de résine qui par adjonction d’un catalyseur passe de l’état visqueux à l’état solide. Cette dernière ainsi réalisée n’est pas imperméable, elle peut s’imprégner d’eau. Pour l’éviter, on la recouvre d’un d’une fine couche imperméable de gelcoat. Si la réalisation de la coque était parfaitement compacte et le gelcoat étanche, il n’y aurait pas de problème. En pratique, il est difficile d’obtenir un mélange fibre et résine homogène. Il peut arriver que des brins de fibre ne soient pas imprégnés de résine, ou encore que la réaction avec le catalyseur ne soit pas complète et entraine un infime pourcentage de résidu d’acide, d’alcool ou encore d’impuretés empêchant la résine de prendre totalement son état solide. Il en résulte la création de petites cavités remplies d’un liquide fortement concentré, composé d’acide et d’impuretés. Pour que ce liquide réagisse et de ce fait augmente de volume, il faut qu’il soit en présence d’un réactif, par exemple, l’eau. Le liquide le moins concentré c’est-à-dire l’eau traverse la membrane (gelcoat) pour aller vers le plus concentré l’acide. Il y a formation d’acide acétique et augmentation de volume. C’est là que la qualité du gelcoat intervient. S’il est parfaitement étanche, l’acide ne peut pas ressortir et il y a formation de cloque. S’il ne l’est pas, la formation de cloques est moins visible voire inexistante, mais le phénomène interne de décomposition de la résine est tout aussi présent et dangereux.
La détecter
C’est lors du carénage que l’on détecte l’osmose. Il faut nettoyer la carène jusqu'à l’antifouling puis ôter ce dernier pour voir s’il y a des cloques sur la carène sous la flottaison. En présence de cloques, il faut s’assurer s’il s’agit bien d’osmose. Cela peut être une incompatibilité d’antifouling voire des cloques remplies d’eau. Il suffit de les percer et d’examiner le liquide qu’elles contiennent. Si c’est de l’acide, synonyme d’osmose, il a une forte odeur de vinaigre et un toucher huileux. Vous pouvez également en pharmacie ou chez les horticulteurs (papier tournesol), vous procurer des plaquettes qui permettent d’avoir une idée assez précise du pH (acidité) du liquide. S’il est compris entre 3 et 6 on est en présence d’acide, supérieur à 7 cela signifie que les cloques sont remplies d’eau moins inquiétant mais synonyme que la coque est humide. L’osmose naturelle n’apparait pas les premières années. Si elle est présente rapidement, nous ne sommes pas en présence d’osmose naturelle, mais accidentelle due à des produits incompatibles employés à la construction du bateau.
Si votre bateau a plus de 5 ans et que des cloques remplies d’acide ressortent, on est en présence d’osmose. A partir de là, vous pouvez faire appel à un professionnel qui vous indiquera la marche à suivre la mieux adaptée. Il faut savoir que le développement est très lent. Si vous constatez ce phénomène au carénage de printemps, vous pouvez partir en vacances et remettre le traitement à l’automne et prendre au besoin l’avis d’un deuxième expert.
La traiter
Pour traiter une coque, deux solutions sont envisageables : un traitement curatif ou un traitement préventif. Un préventif comme son nom l’indique devrait éviter l’osmose, le curatif la soigner.

Le traitement curatif
Si la coque est osmosée, il faut envisager, après avis d’expert, un traitement curatif.
Pour ce dernier, il faut ôter le gelcoat avec un rabot mécanique ou mieux électrique. Percer les cloques pour permettre à l’acide de s’évacuer et laisser la coque rejeter son eau. Le temps de séchage avant traitement est plus ou moins long suivant les régions et l’humidité. En règle générale, comptez plusieurs mois. Pendant cette période à terre, il faut mesurer le taux d’humidité dans des zones définies. Pour le faire, il y a des appareils portatifs (testeur d’humidité). Ces mesures doivent être faites à intervalle de temps régulier, par exemple une semaine, pour évaluer l’évolution. Une carène parfaitement sèche doit être uniforme en taux d’humidité sur toute sa surface. Suivant les appareils de mesure, elle est de 0.5 à 5%. Dans tous les cas, l’aiguille du testeur doit rester dans la zone verte. Une fois la carène parfaitement sèche, on rebouche les grosses cloques avec de la résine époxy et on applique sur l’ensemble de la carène de l’enduit époxy en faible épaisseur (0.4 à 0.7 mm). Une fois la résine parfaitement sèche, il ne reste plus qu’à passer un primaire compatible avec l’antifouling.
Le traitement préventif
Si la coque est simplement humide, on peut prévoir un traitement préventif. Mais là, les spécialistes sont beaucoup plus réservés.
Pour celui-ci, il faut appliquer sur le gelcoat d’une coque apparemment saine et sèche, de la résine époxy pour l’isoler de l’eau. Mais, il n’y a aucun moyen de savoir si un processus d’osmose est déjà engagé sans pour autant être visible. Le polyester est une matière organique qui absorbe l’eau et par réaction chimique développe l’hydrolyse. On peut la ralentir, pas l’éviter. Ce phénomène est irréversible, s’il a commencé, il continuera à progresser et, un jour, il faudra passer au curatif. La préparation sera beaucoup plus longue car l’époxy est plus difficile à peler que le gelcoat. En pratique, la majorité des experts estime qu’un traitement préventif, pour être efficace et sans risque, doit être fait sur un bateau neuf avant sa mise à l’eau et encore, à condition qu’il soit resté un certain temps à l’air libre pour que les différents solvants utilisés pour le démoulage se soient évaporés.
Les risques lors de l’achat d’un bateau d’occasion
Le risque d’osmose existe sur tous les bateaux quel que soit le chantier. Il est vrai qu’il est moindre sur les bateaux récents et ce pour deux raisons : les procédés de fabrication et les matériaux utilisés. Actuellement, la construction des bateaux est plus rigoureuse et les contrôles (humidité et température) mieux maitrisés. Les matériaux comme les nouvelles résines isophtaliques sont moins sujettes à l’osmose et l’emploi de gelcoat vinylister rend la coque plus étanche. Tous ces points limitent ou font barrière à l’osmose sans pour autant l’écarter à 100%, cela pourrait être, par exemple, un choc sur le gelcoat qui peut entrainer une entrée d’eau dans la résine.

Notre avis
Les avis sont très partagés sur ce problème. Acheter un bateau qui a eu un traitement curatif ou préventif ne préserve en rien. Il n’y a aucune garantie sur les traitements. Si un préventif a été fait et si, par la suite, on doit effectuer un curatif, cela entraine des frais supplémentaires. On peut également envisager l’achat d’un bateau osmosé mais, là, il faut connaitre l’étendue du phénomène et négocier le prix en conséquence.