Location et covoiturage nautique : comment les plateformes numériques redessinent l’accès à la mer

Economie

En une quinzaine d’années, l’accès à la mer ne s’est pas seulement élargi, il s’est numérisé. Plus que la location de bateaux elle-même, ce sont les plateformes qui ont profondément modifié les usages, les réflexes et même la manière de penser un projet de navigation. Réserver un bateau, trouver un équipage, embarquer comme équipier ou proposer sa place à bord se fait désormais via des interfaces numériques qui structurent la relation entre plaisanciers, bien plus que ne le faisait auparavant le marché traditionnel.

En une quinzaine d’années, l’accès à la mer ne s’est pas seulement élargi, il s’est numérisé. Plus que la location de bateaux elle-même, ce sont les plateformes qui ont profondément modifié les usages, les réflexes et même la manière de penser un projet de navigation. Réserver un bateau, trouver un équipage, embarquer comme équipier ou proposer sa place à bord se fait désormais via des interfaces numériques qui structurent la relation entre plaisanciers, bien plus que ne le faisait auparavant le marché traditionnel.

Ce basculement n’est pas anodin. Il ne s’agit pas d’une simple transposition de la location "classique" sur internet, mais d’un nouvel écosystème, avec ses codes, ses promesses et ses limites.

Quand la plateforme devient l’outil central du projet nautique

Le premier changement apporté par les plateformes est organisationnel. Elles ne vendent pas uniquement un bateau ou une place à bord, elles proposent un cadre. Messagerie intégrée, calendrier partagé, paiement sécurisé, gestion de caution, avis utilisateurs, options de skipper, filtres par zone ou par type de navigation : tout concourt à transformer une démarche autrefois artisanale en parcours balisé.

Pour beaucoup de plaisanciers, notamment ceux qui ne possèdent pas de bateau, la plateforme devient le point d’entrée unique vers la mer. On ne cherche plus "un bateau", mais une opportunité de naviguer, que ce soit pour une journée, une semaine ou simplement quelques heures à bord d’un voilier dont on ne sera pas propriétaire.

C’est ce que résume très bien un skipper amateur basé à La Rochelle, utilisateur régulier de VogAvecMoi : « Je ne me demande plus si je vais sortir seul ou pas. Je publie une sortie, je précise le programme, et je sais que j’aurai un équipage motivé. La plateforme m’a fait naviguer plus souvent que mon propre réseau. »

Trois usages dominants, nés des plateformes

Les plateformes ont progressivement fait émerger trois pratiques distinctes, toutes structurées par le numérique.

La première est la location entre particuliers, très visible sur Click&Boat ou SamBoat. Ici, la plateforme joue le rôle d’intermédiaire de confiance : elle met en relation, encaisse, formalise. Pour l’utilisateur, l’expérience est fluide, presque standardisée, même si le bateau reste celui d’un particulier, avec ce que cela implique en termes d’hétérogénéité.

La deuxième est la co-navigation (VogAvecMoi), où l’on ne loue pas un bateau mais une place à bord. Ce modèle répond à une attente forte : naviguer sans posséder, apprendre au contact d’autres marins, partager les frais sans logique commerciale. Beaucoup d’équipiers y voient une porte d’entrée vers la croisière ou un moyen de gagner en expérience avant de se lancer seuls.

La troisième est plus hybride : de nombreuses plateformes agrègent aujourd’hui des offres de professionnels, sans toujours que la différence soit évidente pour l’utilisateur. Le même site peut proposer, côte à côte, un voilier de particulier et une unité exploitée par un loueur, sous une interface unique. C’est confortable, mais parfois trompeur sur la nature réelle de l’offre.

Une promesse forte : rendre la mer plus accessible

Le succès de ces plateformes tient à une promesse simple : réduire les barrières d’entrée. Financières, bien sûr, mais aussi sociales et logistiques. Plus besoin de connaître "les bonnes personnes", d’être inscrit dans un club ou de disposer d’un réseau nautique solide. La plateforme fait office de tiers de confiance.

Pour de nombreux utilisateurs, l’expérience est positive. Une navigatrice basée à Barcelone raconte avoir organisé ses premières croisières familiales via une plateforme : « Tout passait par l’application. Le bateau, le skipper, les échanges en amont. Sans ça, je n’aurais jamais osé. Aujourd’hui, je sais mieux ce que je veux, et ce que je ne veux plus. »

Cette dimension pédagogique est souvent sous-estimée. Les plateformes ne font pas que vendre de la navigation, elles forment indirectement les plaisanciers, en les confrontant à des choix très concrets : type de bateau, programme réaliste, niveau requis, météo, responsabilité du chef de bord.

Là où la plateforme montre ses limites

C’est précisément parce que l’expérience est fluide que le risque existe. Une plateforme donne une impression de cadre sécurisé, mais elle n’efface pas la réalité juridique et technique du bateau. Or, toutes les offres présentes sur une même interface ne reposent pas sur les mêmes obligations.

Dans le cas de la location ou de la navigation entre particuliers, les garanties ne sont pas équivalentes à celles d’un loueur professionnel. Assurance, état du bateau, conformité de l’armement, gestion des incidents : tout dépend largement du sérieux du propriétaire et de la lecture attentive des conditions proposées sur la plateforme.

Un professionnel du nautisme, qui voit passer régulièrement des clients "déçus mais pas indemnes", résume la situation sans détour : « Les plateformes font très bien leur travail de mise en relation. Mais elles ne remplacent ni un contrôle technique systématique ni une responsabilité commerciale claire. Beaucoup d’utilisateurs l’apprennent après coup. »

Pourquoi la location via un professionnel reste plus sécurisante

Il est important de le dire sans détour : passer par un loueur professionnel reste plus sécurisant. Non pas parce que la plateforme serait "mauvaise", que les bateaux y seraient moins « bons », mais parce que le cadre professionnel impose des obligations précises en matière d’assurance, de maintenance, d’information du client et de gestion des sinistres.

Sur une plateforme, cette sécurité dépend du type d’annonce. Certaines sont très bien encadrées, d’autres beaucoup moins. L’outil numérique ne garantit pas, à lui seul, le niveau de protection du navigateur.

Un outil puissant, à utiliser en marin averti

Les plateformes ont incontestablement transformé l’accès à la mer. Elles ont démocratisé la navigation, multiplié les occasions de sortir, facilité la rencontre entre propriétaires et équipiers, et ouvert la plaisance à des profils qui en étaient éloignés.

Mais elles ne doivent pas être perçues comme un filtre de sécurité absolu. En particulier lorsque l’on navigue via des offres entre particuliers, les garanties ne sont pas celles d’un loueur professionnel, et les risques existent si l’on se repose uniquement sur l’interface.

Utilisées avec discernement, les plateformes sont un formidable levier pour naviguer plus, autrement, et souvent pour un coût moindre. Utilisées sans esprit critique, elles peuvent donner une illusion de simplicité là où la mer, elle, reste exigeante.

Avant de prendre la mer, pensez à consulter les prévisions météo sur METEO CONSULT Marine et à télécharger l'application mobile gratuite Bloc Marine.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.