Louis Burton : « il faut arriver à mentaliser le globe et à le ramener à l'échelle d'une régate à la journée »

Course au large
Mardi 14 avril 2020 à 18h00

A quelques mois du départ officiel du Vendée Globe, le jeune skipper de l'IMOCA Bureau Vallée 2 est à bloc. Confinement ou pas. Installé à Saint-Malo, il nous parle de sa préparation physique et mentale, de ses angoisses et nous livre quelques conseils pour affronter la tempête et plus de trois mois de solitude en mer. Moments choisis.

©Vincent Olivaud
A quelques mois du départ officiel du Vendée Globe, le jeune skipper de l'IMOCA Bureau Vallée 2 est à bloc. Confinement ou pas. Installé à Saint-Malo, il nous parle de sa préparation physique et mentale, de ses angoisses et nous livre quelques conseils pour affronter la tempête et plus de trois mois de solitude en mer. Moments choisis.

En quoi consiste votre préparation physique pour le prochain Vendée Globe ? 

"Après ma précédente participation au Vendée Globe, j’ai enchaîné sans m’arrêter trois saisons de courses. Ma préparation est assez linéaire. Je suis en pleine forme ! Au retour de la Transat Jacques Vabre, je n’ai pas fait de break. D’habitude, je prévois deux mois de pause pour la période des fêtes de fin d'année notamment. Pour moi, c’est donc deux jours par semaine de préparation à l’aide d’une coach. On travaille beaucoup la souplesse, le dos et les jambes. Lors du dernier Vendée Globe, quand je suis revenu, j'étais vraiment massacré physiquement. Cela se voit beaucoup sur les photos (rires). On essaie donc d’emmagasiner le maximum de réserves et de muscles avant le départ. J'ai un partenariat avec la station de ski de L’Alpe d'Huez et l'hiver dernier j’ai passé beaucoup de temps avec des guides de montagne. On a skié comme des malades ! C’est bien car cela entretient mon physique et cela m’a permis de faire des globules en plus… Tout ce que tu fais en altitude, cela correspond à trois fois la même activité au niveau de la mer. Sur la partie physique, on va monter progressivement en intensité jusqu'à la fin septembre-début octobre car après, quand on approche du village, on se calme un peu et on ne prend surtout plus le risque de se blesser ! "

Nautisme Article
© Vincent Curutchet

Et le mental ?

"Au dernier tour, je suis parti sans avoir fait de préparation mentale. J’ai pas mal souffert de plusieurs sujets personnels, aussi de la notion de distance. Sur un Vendée Globe, tu peux rapidement te retrouver avec 1 000 milles de retard sur ton concurrent direct devant et 1 000 milles d'avance sur ton poursuivant. Il faut arriver à mentaliser le globe et à le ramener à l'échelle d’une régate à la journée pour te dire que sur une course aussi longue il ne faut pas lâcher. Il peut se passer plein de trucs, il y a du temps…  La préparation mentale consiste aussi à gérer l'éloignement avec tes proches. Quand tu pars trois mois en mer, tu passes à des tiers les clés de ta maison, ton compte en banque, tes affaires, ta femme (rires) et tous les sujets de la vie… Pour les loups solitaires, ce n’est pas une épreuve mais de mon côté j’adore être avec du monde. Je fais de la voile en solitaire uniquement parce que c’est de la course.  

On travaille sur la mentalisation d'images positives que tu es capable d’aller chercher facilement, notamment avec la mise en action des sens. Par exemple, mon coach me fait mentaliser une scène où je suis bien et il me fait sentir une huile essentielle que je pourrai emporter à bord et l’utiliser en cas de mauvais moral. Je sais pas si cela marche parce que je ne l'ai jamais fait auparavant mais a priori cela fonctionne bien…  On va beaucoup travailler dessus car je suis visiblement très sensible à l’odorat ! " 

Un conseil pour lutter contre la solitude ?

"Il y a un truc génial je conseille à tous mes concurrents, c'est d'avoir une enveloppe à ouvrir par jour dans le bateau ! Je ne l’ai jamais réclamé mais mes proches me l’ont déjà fait sur une transat. Mais cette fois, je vais leur demander de le refaire parce que c'est super, ce sont de très bons moments ! J’apporte aussi beaucoup de photos dans l’ordinateur. Ensuite pour Noël, ce sera sympa d’ouvrir un cadeau avec un vin rouge et du foie gras.

A ce propos, la partie alimentaire est un des grands instants de plaisir et de repos en mer. On va faire beaucoup plus attention que la dernière fois, lors du Vendée Globe. Par exemple, je ne mange plus trop de lyophilisés, je suis arrivé au bout de cette nourriture. Je vais emporter des plats mijotés sous vide préparés par un petit producteur français "Le Bon Bag". Et également d’autres mets pour lesquels nous allons travailler avec la nutritionniste…"   

On parle souvent de changements de goûts en mer, est-ce exact ?

"Oui, complètement. Je suis dingue de café, j'adore le café et pourtant en mer les deux premiers mois de courses, je ne bois pas une seule goutte de café. La dernière fois, je ne sais pas pourquoi, j'ai retrouvé le goût du café au bout de deux mois en mer. C’est lié aux mouvements du bateau. Autre exemple : je suis dingue de salade de maïs-riz-tomates alors que je n’en mange jamais à terre ! Ce qui est compliqué sur le Vendée Globe, c’est que tu fais les quatre saisons et que tu n’as pas les mêmes dépenses caloriques en fonction de la météo et du climat. Et tu n’as pas les mêmes goûts non plus… Tu n’as pas vraiment envie de manger un pot-au-feu à la bière d'abbaye sous l’Equateur ! "

L'équipe
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade
Geoffroy Langlade est le directeur des contenus chez Figaro Nautisme. Il est également réalisateur et producteur de programmes tv & web dans le domaine du sport, de l'art de vivre et du nautisme. C’est également et surtout, un fan de motonautisme avec plus de 500 tests de bateaux à moteur ou yachts à son actif, à travers le monde, de Cannes à La Rochelle en passant par Istanbul ou Miami. Un métier passionnant qui lui permet de naviguer sur quelques unes des plus belles unités de la planète…
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Thomas Darbois
Passionné depuis son enfance par toutes les formes de glisse et par la mer, Thomas a longtemps vécu dans le nord de la Floride aux Etats-Unis. Une expérience qui lui a permis de découvrir l'univers du bateau à moteur et du catamaran à travers plusieurs essais et croisières notamment dans les Caraïbes. Il contribue régulièrement à la rédaction de Figaro Nautisme.