Vendée Globe : le luxe des petites joies

Par Figaronautisme.com

Dans les mers du Sud, après 42 jours de course intense, où le froid et les vagues imposent leur dure loi, ce sont les modestes plaisirs qui illuminent le quotidien des skippers. Un café fumant, un vêtement propre, un carré de chocolat ou un rare rayon de soleil : ces instants simples deviennent des trésors inestimables. Dans l'immensité tumultueuse de l'aventure, ces moments volés rappellent à chaque marin l'équilibre fragile entre le défi extraordinaire qu'ils affrontent et les petites douceurs de la vie qu'ils continuent de chérir.

« Physiquement, ça va beaucoup mieux qu’il y a quelques jours, à la suite de mon arrêt technique à Saint-Paul. Je pensais être à l’abri mais en fait ça bougeait quand même beaucoup et j’ai énormément heurté le mât. A présent, je fais de bonnes siestes d’une heure et je commence à bien récupérer de cette épreuve. Je suis hyper satisfait de ce que j’ai pu faire avec les moyens du bord, en réfléchissant et en jouant les MacGyver », a relaté Antoine Cornic (Humain Immobilier), tôt ce matin. Reparti de plus belle, avec même un A7 (petit gennaker) lui aussi réparé, le Rétais, qui a surmonté avec panache ses soucis maousses costauds de rail de grand-voile après des heures de travail acharné, savoure cette petite victoire qui lui redonne confiance et énergie, surtout maintenant qu’il vient de déborder le cap Leeuwin, le deuxième grand jalon de son tour du monde. « J’espère stopper cette vague de casses successives, avec une emmerde voire deux par jour mais je suis content d’être là où je suis. C’est quand même mythique de se dire qu’on est dans les mers du Sud, par 45° Sud ! », a ajouté le skipper qui ressent une nouvelle intensité à son aventure, finalement dopé par ces moments de tension et de lutte où l’on doute mais persévère, et qui rendent le voyage encore plus précieux. « Je profite de chaque instant avec une profondeur renouvelée : la visite d’un albatros, la lueur fugace d’un petit rayon de soleil quand on en a marre de ne plus voir le ciel, la satisfaction d’un bateau qui part en surf ou celle d’une manœuvre bien réussie… », a détaillé le marin pour qui ces plaisirs simples rappellent qu’au milieu des défis titanesques, il reste des instants de douceur à apprécier.

Entre galères, résilience et espoirs
Même topo ou presque du côté de Paul Meilhat, qui, bien requinqué après trois jours de galère causés par des infiltrations d’eau dans son IMOCA, retrouve enfin un rythme plus serein. « Je n’ai pas réglé le problème mais j’ai trouvé des solutions qui me permettent de me faciliter un peu la vie et d’éviter de tremper vraiment trop l’intérieur du bateau en canalisant les fuites et en les détournant vers des endroits où c’est facile de pomper », a expliqué le skipper de Biotherm qui attend des conditions plus « sages » pour intervenir à l’extérieur et continue, en attendant, de se jeter dans la mêlée comme un chat sur une pelote de laine. « Le fait d’être au contact de Sam Goodchild depuis trois-quatre jours, c’est assez génial. J’avouerais aussi que le fait de ne pas m’être retrouvé bloqué comme Sam Davies et Clarisse Crémer, ça a fait du bien au moral aussi. En plus, on risque peut-être de revenir sur le groupe de trois de devant », a commenté le navigateur qui n’exclut pas un regroupement, de Thomas Ruyant (VULNERABLE) à Justine Mettraux (TeamWork – Groupe Snef), d’ici au passage du cap Horn. « Ça pourrait être super sympa », a assuré Paul, qui se projette petit à petit sur la remontée de l’Atlantique. « Changer d’allure, avoir une mer un peu plus plate, ce sera plus confortable. Voir les températures remonter aussi mais pour ça, il va falloir attendre une bonne semaine encore », a précisé le skipper qui souffre, comme les autres, des coups de vent incessants qui caractérisent les mers du Grand Sud, mais aussi et surtout de l’humidité omniprésente, celle-là même qui s’insinue partout, jusque dans les os, et transforme chaque geste quotidien en un combat pour préserver un semblant de confort.

Des petits bonheurs qui réchauffent les cœurs
Dans ce contexte, les skippers du Vendée Globe réapprennent finalement à goûter les plaisirs simples, ces petites étincelles de joie qui illuminent des journées rudes et salées. « Rien n’égale un café bien chaud le matin », a assuré en ce sens Benjamin Dutreux (GUYOT environnement – Water Family). Et on ne parle pas là d’un café chic avec une mousse parfaite, non, mais d’un café improvisé dans une tasse cabossée. Dans le froid mordant, ce breuvage devient une source de chaleur presque miraculeuse. Chaque gorgée est un rappel que, malgré les vagues déchaînées, il existe encore un petit coin de confort. Et que dire du carré de chocolat ? Dans cette vie rythmée par les manœuvres et les calculs de routage, ce petit bout de douceur est une véritable fête. Ce n’est plus juste du chocolat, c’est une expérience mystique ! Pendant quelques secondes, il permet d’oublier que l’on est entouré de mille tonnes d’eau glacée et que son dernier repas chaud digne de ce nom remonte au temps des dinosaures ! « Ces petits morceaux de cacao sont essentiels pour préserver le moral », a avoué Fabrice Amedeo (Nexans – Wewise), par ailleurs, dérangé par le manque d’hygiène à bord. « Les jours passent et il est compliqué de se laver. Je finis par "mariner" un peu dans mon ciré et mes bottes. Peut-être que je vieillis, parce qu’avant ça m’importait peu, mais maintenant, ça me pèse », a concédé le journaliste – skipper, qui sait qu’après des jours dans des habits trempés et battus par le vent, glisser un vêtement propre sur sa peau devient un instant rare et précieux. Pareil pour le rayon de soleil furtif. Dans ces contrées où le gris est une couleur permanente, voir un bout de ciel bleu, c’est comme croiser une licorne. Conclusion ? Dans cette course où tout est grandiose – l’effort, les vagues, le défi –, ce sont ces bonheurs minuscules qui redonnent de la force. Ils sont l’essence de la vie au large, des petits rappels que même au bout du monde, on peut trouver un peu de chaleur, de légèreté et de lumière.

Retrouvez chaque jour notre analyse météo de la course avec METEO CONSULT Marine dans notre dossier spécial Vendée Globe.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.