
La cambuse en alerte : s’organiser avant le coup de tabac
« En mer, la cuisine commence avant même de quitter le ponton ». Cette règle que connaissent tous les skippers est la base même d’une croisière réussie, quelque soit la météo rencontrée. L’anticipation est donc la clé. A vous de prévoir des menus simples, des ingrédients faciles à stocker et à préparer, et surtout, sécuriser chaque étape de la préparation.
L’avitaillement : le secret des pros
L’avitaillement est l’étape incontournable avant tout appareillage. SI vous n’avez pas les bons produits à bord, impossible de remonter le moral de l’équipage, de le réchauffer, de redonner de l’énergie aux corps fatigués.
Privilégiez les conserves et les lyophilisés : Les plats appertisés (stérilisés sous vide) ou lyophilisés sont des alliés de choix. Ils se réhydratent en quelques minutes à l’eau chaude, même par mer formée, et se conservent des années. « Un fond de cale bien garni en conserves maison et en plats tout prêts peut sauver une traversée », confie Michèle Meffre, auteure du Guide de la cuisine à bord.
Les féculents, rois de l’énergie : Riz, pâtes, lentilles corail, quinoa… Ces aliments calent, se cuisent à l’eau de mer (1/4 d’eau de mer pour 3/4 d’eau douce pour éviter un goût trop salé) et se marient avec tout. « Une cocotte de riz aux lardons et aux échalotes, cuite à l’étouffée, ça sent bon et ça requinque un équipage », explique un navigateur ayant passé le Cap Horn.
Les œufs, stars de la survie : Faciles à conserver (plus d’un mois hors frigo si stockés au centre du bateau), ils se déclinent à l’infini : durs, brouillés, en omelette ou en flan. « Comptez un œuf par personne et par jour, c’est une valeur sûre », conseille un vieux routier du Vendée Globe.
L’équipement : la cuisine en mode « survie »
Une cocotte-minute sécurisée : Indispensable pour cuire rapidement et sans risque de renversement. « Fixez-la avec un bout et deux pontets, sinon gare à l’atterrissage sur la table à cartes ! », avertit un skipper… de monocoque habitué aux facéties liées à la gîte.
Des serre-casseroles et des fargues hautes : Pour éviter que vos plats ne finissent par terre. Les cuisines en forme de U sont idéales pour se caler et limiter les mouvements intempestifs du cuistot.
Un réchaud à cardan et un allume-gaz étanche : « Pas question d’utiliser des allumettes en mer agitée », rappelle un expert en sécurité nautique.
Un ciré et des gants : Pour éviter les brûlures, comme celle subie par Clarisse Cremer lors du dernier Vendée Globe.
Recettes de quart : manger chaud sans se brûler
L’objectif ? Des plats simples, nutritifs, et qui tiennent au corps. Voici trois recettes testées et approuvées par des équipages en conditions réelles.
1. Le « Riz du marin pressé » (pour 4 personnes)
Ingrédients :
300 g de riz
1 litre d’eau (3/4 d’eau douce, 1/4 d’eau de mer)
1 boîte de thon ou de sardines
1 oignon émincé
2 cuillères à soupe d’huile d’olive
Épices (curry, paprika)
Préparation :
Dans la cocotte, faire revenir l’oignon dans l’huile.
Ajouter le riz, l’eau et les épices. Fermer hermétiquement.
Cuire 15 min à feu moyen. Éteindre et laisser reposer.
Mélanger avec le thon émietté. Servir avec des crackers ou du pain de mer.
Pourquoi ça marche ? Le riz cuit à l’étouffée ne déborde pas, et le thon apporte des protéines sans besoin de réfrigération.
2. La « Soupe tempête » (version express)
Ingrédients :
1 boîte de tomates concassées
1 boîte de haricots rouges ou de lentilles
1 cube de bouillon
1 poignée de pâtes courtes
Huile d’olive, sel, poivre
Préparation :
Tout mélanger dans la cocotte avec 1 litre d’eau.
Cuire 10 min à feu vif. Servir avec du pain rassis grillé à la poêle.
Astuce : Ajoutez des flocons d’avoine pour épaissir et caler davantage.
3. Les « Pommes de terre au lard » (anti-mal de mer)
Ingrédients :
4 pommes de terre
4 tranches de lard fumé
Sel, poivre
Préparation :
Éplucher les pommes de terre et les couper en morceaux.
Dans la cocotte, disposer les pommes de terre, le lard, et couvrir d’eau.
Cuire 20 min à feu moyen. « Ce plat est digeste, chaud et réconfortant, idéal par gros temps », confirme un médecin de bord.
Les erreurs à éviter absolument
Ouvrir le four quand vous êtes à la gîte : Risque de brûlure ou de renversement. Préférez la cocotte ou la poêle à fond épais bien bloquée sur son feu.
Cuire des aliments qui moussent (comme les pâtes sans couvercle) : Une casserole qui déborde, c’est un carré à nettoyer et… le moral de l’équipage au fond des chaussettes.
Négliger l’aération : La vapeur et les odeurs de cuisine peuvent accentuer le mal de mer, surtout quand les conditions se détériorent. Un hublot entrouvert ou une boîte dorade fait des miracles.
Témoignages : la cuisine, pilier du moral
Jean Le Cam, 6 tours du Vendée Globe à son actif : « Après une journée de combat contre les éléments, un bon repas chaud, même simple, redonne de l’énergie à tout l’équipage. J’ai toujours des réserves de chocolat et de plats lyophilisés pour les coups durs ».
Olivier, « Papa en Cuisine » : « Cuisiner en mer, c’est comme faire du vélo sans les mains : ça s’apprend. Le secret ? Tout préparer à l’avance, sécuriser ses mouvements, et garder des recettes ultra-simples sous le coude ».
Un équipage de la Mini-Transat : « On a perdu nos melons dans un coup de gîte… Depuis, on attache tout, même les fruits ! »
En résumé : la check-list du cuisinier de quart
Avant de partir :
Avitailler en conserves, lyophilisés et féculents.
Préparer des menus « tempête » (soupes, riz, pâtes).
Sécuriser la cuisine (sangles, serre-casseroles, cocotte fixée).
Pendant la navigation :
Cuire à l’étouffée ou en cocotte pour limiter les risques.
Privilégier les plats chauds et réconfortants.
Toujours avoir un plan B (chocolat, barres énergétiques).
Après le repas :
Nettoyer immédiatement pour éviter les odeurs et les moisissures.
Vérifier les stocks et anticiper le menu suivant.
La cuisine en mer par gros temps n’est pas une corvée, mais un acte de résistance et de convivialité. Avec de l’organisation, des recettes adaptées et un équipement sécurisé, même les conditions les plus rudes deviennent supportables. Et qui sait ? Peut-être que vos meilleurs souvenirs de navigation seront liés à un simple bol de soupe partagé sous le capot, alors que la mer grondait dehors…
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