Cuisiner en mer par gros temps : recettes et astuces pour une alimentation saine et sécurisée

Culture nautique
Par Virginie Lepoutre

Par gros temps, la cambuse devient un poste de combat. Entre les vagues qui déferlent, la gîte qui s’accentue et le roulis qui malmène, préparer un repas chaud et réconfortant relève parfois de l’exploit. Pourtant, bien manger reste un pilier du moral et de la sécurité à bord. Alors, comment concilier sécurité, simplicité et plaisir culinaire quand la mer se déchaîne ? Voici le guide ultime d’astuces éprouvées et de recettes adaptées aux conditions extrêmes.

Par gros temps, la cambuse devient un poste de combat. Entre les vagues qui déferlent, la gîte qui s’accentue et le roulis qui malmène, préparer un repas chaud et réconfortant relève parfois de l’exploit. Pourtant, bien manger reste un pilier du moral et de la sécurité à bord. Alors, comment concilier sécurité, simplicité et plaisir culinaire quand la mer se déchaîne ? Voici le guide ultime d’astuces éprouvées et de recettes adaptées aux conditions extrêmes.

La cambuse en alerte : s’organiser avant le coup de tabac

« En mer, la cuisine commence avant même de quitter le ponton ». Cette règle que connaissent tous les skippers est la base même d’une croisière réussie, quelque soit la météo rencontrée. L’anticipation est donc la clé. A vous de prévoir des menus simples, des ingrédients faciles à stocker et à préparer, et surtout, sécuriser chaque étape de la préparation.

L’avitaillement : le secret des pros

L’avitaillement est l’étape incontournable avant tout appareillage. SI vous n’avez pas les bons produits à bord, impossible de remonter le moral de l’équipage, de le réchauffer, de redonner de l’énergie aux corps fatigués.

Privilégiez les conserves et les lyophilisés : Les plats appertisés (stérilisés sous vide) ou lyophilisés sont des alliés de choix. Ils se réhydratent en quelques minutes à l’eau chaude, même par mer formée, et se conservent des années. « Un fond de cale bien garni en conserves maison et en plats tout prêts peut sauver une traversée », confie Michèle Meffre, auteure du Guide de la cuisine à bord.

Les féculents, rois de l’énergie : Riz, pâtes, lentilles corail, quinoa… Ces aliments calent, se cuisent à l’eau de mer (1/4 d’eau de mer pour 3/4 d’eau douce pour éviter un goût trop salé) et se marient avec tout. « Une cocotte de riz aux lardons et aux échalotes, cuite à l’étouffée, ça sent bon et ça requinque un équipage », explique un navigateur ayant passé le Cap Horn.

Les œufs, stars de la survie : Faciles à conserver (plus d’un mois hors frigo si stockés au centre du bateau), ils se déclinent à l’infini : durs, brouillés, en omelette ou en flan. « Comptez un œuf par personne et par jour, c’est une valeur sûre », conseille un vieux routier du Vendée Globe.

L’équipement : la cuisine en mode « survie »

Une cocotte-minute sécurisée : Indispensable pour cuire rapidement et sans risque de renversement. « Fixez-la avec un bout et deux pontets, sinon gare à l’atterrissage sur la table à cartes ! », avertit un skipper… de monocoque habitué aux facéties liées à la gîte.

Des serre-casseroles et des fargues hautes : Pour éviter que vos plats ne finissent par terre. Les cuisines en forme de U sont idéales pour se caler et limiter les mouvements intempestifs du cuistot.

Un réchaud à cardan et un allume-gaz étanche : « Pas question d’utiliser des allumettes en mer agitée », rappelle un expert en sécurité nautique.

Un ciré et des gants : Pour éviter les brûlures, comme celle subie par Clarisse Cremer lors du dernier Vendée Globe.

Recettes de quart : manger chaud sans se brûler

L’objectif ? Des plats simples, nutritifs, et qui tiennent au corps. Voici trois recettes testées et approuvées par des équipages en conditions réelles.

1. Le « Riz du marin pressé » (pour 4 personnes)

Ingrédients :

300 g de riz

1 litre d’eau (3/4 d’eau douce, 1/4 d’eau de mer)

1 boîte de thon ou de sardines

1 oignon émincé

2 cuillères à soupe d’huile d’olive

Épices (curry, paprika)

Préparation :

Dans la cocotte, faire revenir l’oignon dans l’huile.

Ajouter le riz, l’eau et les épices. Fermer hermétiquement.

Cuire 15 min à feu moyen. Éteindre et laisser reposer.

Mélanger avec le thon émietté. Servir avec des crackers ou du pain de mer.

Pourquoi ça marche ? Le riz cuit à l’étouffée ne déborde pas, et le thon apporte des protéines sans besoin de réfrigération. 

2. La « Soupe tempête » (version express)

Ingrédients :

1 boîte de tomates concassées

1 boîte de haricots rouges ou de lentilles

1 cube de bouillon

1 poignée de pâtes courtes

Huile d’olive, sel, poivre

Préparation :

Tout mélanger dans la cocotte avec 1 litre d’eau.

Cuire 10 min à feu vif. Servir avec du pain rassis grillé à la poêle.

Astuce : Ajoutez des flocons d’avoine pour épaissir et caler davantage.

3. Les « Pommes de terre au lard » (anti-mal de mer)

Ingrédients :

4 pommes de terre

4 tranches de lard fumé

Sel, poivre

Préparation :

Éplucher les pommes de terre et les couper en morceaux.

Dans la cocotte, disposer les pommes de terre, le lard, et couvrir d’eau.

Cuire 20 min à feu moyen. « Ce plat est digeste, chaud et réconfortant, idéal par gros temps », confirme un médecin de bord.

Les erreurs à éviter absolument

Ouvrir le four quand vous êtes à la gîte : Risque de brûlure ou de renversement. Préférez la cocotte ou la poêle à fond épais bien bloquée sur son feu.

Cuire des aliments qui moussent (comme les pâtes sans couvercle) : Une casserole qui déborde, c’est un carré à nettoyer et… le moral de l’équipage au fond des chaussettes.

Négliger l’aération : La vapeur et les odeurs de cuisine peuvent accentuer le mal de mer, surtout quand les conditions se détériorent. Un hublot entrouvert ou une boîte dorade fait des miracles.

Témoignages : la cuisine, pilier du moral

Jean Le Cam, 6 tours du Vendée Globe à son actif : « Après une journée de combat contre les éléments, un bon repas chaud, même simple, redonne de l’énergie à tout l’équipage. J’ai toujours des réserves de chocolat et de plats lyophilisés pour les coups durs ».

Olivier, « Papa en Cuisine » : « Cuisiner en mer, c’est comme faire du vélo sans les mains : ça s’apprend. Le secret ? Tout préparer à l’avance, sécuriser ses mouvements, et garder des recettes ultra-simples sous le coude ».

Un équipage de la Mini-Transat : « On a perdu nos melons dans un coup de gîte… Depuis, on attache tout, même les fruits ! » 

En résumé : la check-list du cuisinier de quart

Avant de partir :

Avitailler en conserves, lyophilisés et féculents.

Préparer des menus « tempête » (soupes, riz, pâtes).

Sécuriser la cuisine (sangles, serre-casseroles, cocotte fixée).

Pendant la navigation :

Cuire à l’étouffée ou en cocotte pour limiter les risques.

Privilégier les plats chauds et réconfortants.

Toujours avoir un plan B (chocolat, barres énergétiques).

Après le repas :

Nettoyer immédiatement pour éviter les odeurs et les moisissures.

Vérifier les stocks et anticiper le menu suivant.

La cuisine en mer par gros temps n’est pas une corvée, mais un acte de résistance et de convivialité. Avec de l’organisation, des recettes adaptées et un équipement sécurisé, même les conditions les plus rudes deviennent supportables. Et qui sait ? Peut-être que vos meilleurs souvenirs de navigation seront liés à un simple bol de soupe partagé sous le capot, alors que la mer grondait dehors…

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.