
On l’entend souvent sur les quais ou dans les écoles de voile : « En Méditerranée, il n’y a pas de marée ». L’affirmation est séduisante, mais elle est fausse. La Méditerranée connaît bien un phénomène de marée, simplement beaucoup plus faible que celui observé sur les façades atlantiques comme au Mont-Saint-Michel ou dans la baie de Saint-Malo, où l’amplitude peut dépasser 10 m. En Méditerranée, les variations du niveau de la mer existent, mais elles sont généralement de l’ordre de quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres. Un phénomène discret, mais scientifiquement bien établi.
Pourquoi la marée est-elle faible en Méditerranée ?
Les marées sont provoquées par l’attraction gravitationnelle de la Lune et du Soleil sur les masses d’eau terrestres. Ce mécanisme est universel : aucune mer du globe n’y échappe. Alors pourquoi la Méditerranée ne connaît-elle pas de grandes marées ? La réponse tient principalement à sa géographie. La Méditerranée est une mer presque fermée, reliée à l’océan Atlantique uniquement par le détroit de Gibraltar, large d’environ 14 km. Cette ouverture étroite limite fortement la propagation de l’onde de marée venue de l’Atlantique. À l’inverse, l’océan Atlantique est un vaste bassin ouvert, où l’onde de marée peut se développer pleinement et entrer en résonance avec la forme des côtes, amplifiant ainsi le phénomène. En Méditerranée, la configuration des bassins, leur profondeur et leurs dimensions ne favorisent pas cette amplification. Résultat : l’amplitude moyenne de la marée dépasse rarement 30 cm, et se situe souvent autour de 10 à 20 cm sur une grande partie du littoral.
Et pour connaître toutes les horaires de marées, rendez-vous sur MÉTÉO CONSULT Marine.
Une Méditerranée découpée en plusieurs sous-bassins
Il faut également comprendre que la Méditerranée ne fonctionne pas comme un ensemble homogène. Elle est divisée en plusieurs sous-bassins, chacun ayant sa propre dynamique.
On distingue notamment :
• Le bassin occidental
• Le bassin oriental
• La mer Adriatique
• La mer Égée
Dans certains secteurs, comme le nord de la mer Adriatique, les amplitudes peuvent atteindre 50 cm, voire davantage lors de conditions particulières. À Venise, par exemple, la combinaison des marées astronomiques et des effets météorologiques peut provoquer les célèbres épisodes d’« acqua alta », avec des submersions temporaires de la place Saint-Marc. En revanche, sur une grande partie des côtes françaises méditerranéennes, la marée est souvent imperceptible à l’œil nu.
Le rôle essentiel de la pression atmosphérique et du vent
Si la marée astronomique reste faible, les variations du niveau de la mer en Méditerranée peuvent être bien plus marquées sous l’effet de la météo. Une baisse importante de pression atmosphérique entraîne une élévation du niveau marin. À l’inverse, une forte pression peut provoquer une baisse temporaire. On estime qu’une variation de 1 hPa peut entraîner environ 1 cm de variation du niveau de la mer. Les vents jouent également un rôle déterminant. Un fort vent persistant peut pousser les masses d’eau vers une côte et provoquer une surcote. À l’inverse, un vent de terre peut entraîner une décote. Ces phénomènes peuvent largement dépasser l’amplitude de la marée astronomique. Ainsi, en Méditerranée, ce sont souvent les conditions météorologiques qui dominent les variations du niveau de la mer, bien plus que l’effet gravitationnel lunaire.
Une marée semi-diurne… mais complexe
Comme en Atlantique, la Méditerranée connaît généralement un régime semi-diurne, c’est-à-dire deux marées hautes et deux marées basses par jour. Cependant, leur amplitude et leur synchronisation varient selon les secteurs. La propagation de l’onde de marée à travers le détroit de Gibraltar crée des déphasages entre l’ouest et l’est du bassin. Le temps de propagation, combiné aux réflexions internes dans les sous-bassins, rend le système plus complexe qu’il n’y paraît. Pour les scientifiques, la Méditerranée constitue un véritable laboratoire naturel d’étude des marées en milieu semi-fermé.
Quelles conséquences pour la navigation ?
Pour les plaisanciers habitués à l’Atlantique, la navigation en Méditerranée offre un avantage évident : l’absence de contrainte majeure liée au marnage. Les ports et marinas sont généralement conçus sans tenir compte de fortes amplitudes de marée. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut ignorer les variations du niveau de la mer. Dans certaines lagunes, étangs ou zones peu profondes, quelques dizaines de centimètres peuvent suffire à modifier l’accessibilité. Les courants de marée restent également très faibles comparés à ceux observés dans des zones comme le raz Blanchard ou le passage du Fromveur. En Méditerranée, les courants sont principalement liés aux vents, aux échanges d’eau entre bassins et à la circulation générale.
Une idée reçue tenace
L’idée qu’il n’y a « pas de marée » en Méditerranée est donc une simplification abusive. Il serait plus juste de dire qu’il n’y a pas de grande marée visible. D’un point de vue scientifique, le phénomène est bien présent. Il est mesurable, prévisible et intégré aux modèles océaniques. Les services hydrographiques publient d’ailleurs des tables de marée pour certains ports méditerranéens. La Méditerranée ne vit pas au rythme spectaculaire des grandes marées atlantiques, mais elle respire malgré tout, au gré de la Lune, du Soleil et des conditions atmosphériques. Et cette respiration discrète, souvent imperceptible au regard, rappelle que même les mers que l’on croit immobiles obéissent aux mêmes lois physiques que les océans les plus puissants.
Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.
vous recommande