Narval : la “licorne des mers” face à la fonte accélérée de l’Arctique

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Alors que la banquise arctique recule à un rythme inédit et que les écosystèmes polaires basculent, le narval incarne l’une des espèces les plus énigmatiques et vulnérables du Grand Nord. Mammifère aux plongées spectaculaires et à la défense en spirale unique, il évolue dans un environnement devenu l’un des épicentres du réchauffement climatique mondial.

Alors que la banquise arctique recule à un rythme inédit et que les écosystèmes polaires basculent, le narval incarne l’une des espèces les plus énigmatiques et vulnérables du Grand Nord. Mammifère aux plongées spectaculaires et à la défense en spirale unique, il évolue dans un environnement devenu l’un des épicentres du réchauffement climatique mondial.
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Un cétacé hors norme au cœur des glaces

Dans les eaux sombres et glaciales du Haut-Arctique évolue un animal qui semble appartenir à un autre monde. Le narval, souvent surnommé la “licorne des mers”, intrigue depuis des siècles explorateurs, naturalistes et scientifiques. Derrière son apparence singulière se cache pourtant un mammifère marin parfaitement adapté à l’un des environnements les plus contraignants de la planète. Appartenant à la famille des monodontidés, le narval partage son groupe avec un seul autre cétacé : le béluga. Son nom scientifique, Monodon monoceros, signifie littéralement “une dent, une corne”, une désignation qui résume à elle seule son anatomie hors du commun. Le narval mesure en moyenne entre 4 et 5 m de long pour un poids pouvant atteindre 1 600 kg. Sa peau épaisse, marbrée de gris et de blanc, évolue avec l’âge. Les jeunes individus présentent une teinte plus sombre, tandis que les adultes arborent des taches claires de plus en plus marquées, qui rendent chaque animal presque unique.

 

Une défense spectaculaire et sensorielle

Chez la majorité des mâles, et plus rarement chez certaines femelles, une canine supérieure gauche se développe de manière spectaculaire pour former une longue défense torsadée pouvant atteindre 2,5 m. Cette dent perce la lèvre supérieure et croît tout au long de la vie de l’animal. Longtemps interprétée comme une arme de combat, la défense est aujourd’hui considérée comme un organe sensoriel extrêmement sophistiqué. Des études ont montré qu’elle contient des millions de terminaisons nerveuses reliées directement au système nerveux central. Elle serait capable de détecter des variations infimes de salinité, de température et de pression, permettant au narval d’interpréter son environnement sous-marin avec une précision remarquable. Des observations ont également révélé des comportements appelés “tusking”, au cours desquels des mâles croisent délicatement leurs défenses. Ces interactions semblent davantage relever d’une communication sociale ou d’une démonstration hiérarchique que d’un véritable affrontement.

 

Un spécialiste des grandes profondeurs

Le narval vit principalement dans les eaux du Groenland, du Canada arctique et autour de l’Arctique. Il fréquente des zones caractérisées par la présence de glace de mer une grande partie de l’année, utilisant les fissures naturelles de la banquise pour respirer. Ce cétacé est un plongeur d’exception. Il peut descendre à plus de 1 500 m de profondeur et rester en apnée plus de 20 minutes. Ces plongées abyssales lui permettent de capturer des proies vivant dans les couches profondes, notamment le flétan du Groenland, la morue arctique et différents céphalopodes. Son organisme est parfaitement adapté à ces conditions extrêmes. Comme d’autres mammifères marins, il ralentit son rythme cardiaque pendant la plongée et dirige le flux sanguin vers les organes vitaux. Sa capacité à supporter des pressions considérables et des températures proches de 0 °C en fait l’un des champions de l’endurance sous-marine.

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Une organisation sociale discrète

Le narval évolue en groupes de taille variable, allant de petits rassemblements à des groupes plus importants lors des migrations saisonnières. Sa communication repose sur une large palette de sons, incluant clics, sifflements et impulsions acoustiques, comparables à ceux du béluga. L’écholocation joue un rôle central dans sa vie quotidienne. Dans un environnement où la lumière est souvent limitée, surtout en hiver polaire, le son devient l’outil principal pour localiser les proies, éviter les obstacles et maintenir le contact entre individus. La reproduction intervient généralement au printemps. Après une gestation d’environ 14 mois, la femelle met bas un seul petit, qui reste dépendant du lait maternel pendant plus d’un an. Cette lenteur reproductive rend l’espèce particulièrement sensible aux perturbations extérieures.

 

Entre légendes européennes et traditions inuites

Dès le Moyen Âge, les défenses de narval alimentent les fantasmes européens. Vendues comme des cornes de licorne, elles sont conservées dans les trésors royaux et réputées posséder des vertus médicinales ou magiques. Certaines cours européennes payaient des fortunes pour acquérir ces objets rares, sans connaître leur véritable origine. Pour les communautés inuites, le narval occupe une place centrale dans la culture et la subsistance. Sa chair, sa peau et sa graisse constituent des ressources alimentaires essentielles, tandis que ses os et ses dents sont utilisés pour l’artisanat. La chasse, aujourd’hui réglementée, demeure un élément structurant de certaines sociétés arctiques.

 

Un équilibre fragilisé par le réchauffement climatique

Le narval dépend étroitement de la banquise. Or, l’augmentation rapide des températures dans l’Arctique entraîne une réduction significative de la couverture de glace. Cette transformation modifie les routes migratoires, la disponibilité des proies et l’accès aux zones de respiration. La diminution de la glace favorise également l’intensification du trafic maritime et des activités industrielles dans des régions autrefois difficilement accessibles. Le bruit sous-marin perturbe potentiellement les capacités d’écholocation du narval, tandis que la pollution et les risques de collisions représentent de nouvelles menaces. Bien que l’espèce ne soit pas globalement classée comme en danger critique, certaines populations régionales présentent des signes de vulnérabilité. Le manque de données précises, lié à la difficulté d’étude dans ces régions isolées, rend l’évaluation complexe.

 

Animal mythique devenu symbole des régions polaires, le narval demeure l’un des cétacés les plus fascinants et les plus énigmatiques de la planète. Sa défense attire immédiatement l’attention, mais c’est sa capacité d’adaptation à un environnement extrême, son mode de vie profond et son rôle dans l’équilibre fragile de l’Arctique qui suscitent aujourd’hui l’intérêt des scientifiques. Dans l’immensité glacée du Grand Nord, il continue d’évoluer, discret témoin des bouleversements climatiques en cours.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.