
Une décision attendue d’ici fin mars 2026
Depuis la loi de 2021 interdisant à terme les spectacles de cétacés et leur captivité en France, le gouvernement avance sous pression, entre la volonté de Marineland de déplacer rapidement les animaux, les ONG qui défendent des solutions de sanctuaires souvent encore à l’état de projet, et les contraintes techniques sur site. La réunion du 16 février 2026 a rassemblé l’exploitant, des représentants de l’État, des ONG, des scientifiques et des structures d’accueil potentielles. Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, assure que « toutes les options sont expertisées avec exigence et transparence », en particulier sur les garanties de bien-être animal. Le ministère annonce une décision définitive d’ici la fin mars 2026, avec une nouvelle réunion programmée dans 3 à 4 semaines.
Orques : l’urgence des bassins accélère les scénarios
La situation de Wikie, 24 ans, et de son fils Keijo, 12 ans, est désormais au cœur du calendrier. Un rapport d’expertise ayant fuité alerte sur l’état de délabrement des bassins construits en 2000 : très fissurés, fragilisés par les mouvements du sous-sol, ils nécessitent une maintenance permanente et seraient menacés d’un effondrement généralisé. Selon ce scénario, si la structure venait à céder, l’euthanasie des orques serait à envisager.
L’Espagne comme solution de repli, le Canada comme option incertaine
Marineland pousse depuis des mois pour un transfert vers le Loro Parque à Tenerife. Après avoir écarté d’autres pistes, dont un départ vers le Japon, et après des réserves précédemment exprimées sur la taille des installations espagnoles, le ministère semble aujourd’hui se résoudre à cette option au vu de l’urgence. L’entourage du ministre évoque la possibilité d’activer la solution Loro Parque « avec responsabilité », même si ce ne serait pas le scénario souhaité à l’origine.
En parallèle, l’option d’un sanctuaire au Canada a été remise sur la table en décembre, mais elle reste à un stade de projet et la capacité d’adaptation d’orques nées en captivité à Antibes demeure une inconnue majeure, ce qui limite sa crédibilité à court terme.
Les ONG divisées sur le “dernier choix” possible
Sea Shepherd, représentée par Paul Watson, plaide pour la création d’un sanctuaire pour orques en Méditerranée et affirme que l’ONG pourrait verser 500 000 € par an pour participer à leur maintien à Antibes dans l’attente d’une solution. D’autres associations, comme TideBreakers, défendent aussi l’idée de sanctuaires mais estiment qu’il est trop tard pour Wikie et Keijo. Un message relayé par Jason James Richter, l’acteur enfant de Sauvez Willy, va dans le même sens : contrairement à une fin de film, les 2 orques ne peuvent pas être relâchées en mer et leur seule chance de survie serait un transfert vers un autre parc.
Dauphins : Beauval “acté”, une ouverture prévue au 1er semestre 2027
Le dossier des dauphins apparaît, lui, beaucoup plus verrouillé. Pour les 12 dauphins de Marineland et les 11 de Planète Sauvage près de Nantes, le ministère indique que la solution portée par Beauval est désormais actée, faute d’alternative opérationnelle présentée par les ONG et en raison de capacités jugées insuffisantes dans les projets de sanctuaires en cours, notamment celui annoncé près de Tarente en Italie. One Voice conteste cet argument : sa présidente, Muriel Arnal, affirme que “quelques dauphins français” pourraient y être accueillis. Le gouvernement assure que le site de Beauval pourra être prêt au printemps 2027 et souhaite que les 12 dauphins de Marineland restent à Antibes jusque-là. Selon le rapport d’expertise, leur nombre, leur état de santé et les conditions de leurs bassins le permettent.
Le CERSSD : un centre inédit en Europe, pensé pour la recherche et le bien-être
À l’issue de la réunion du 16 février 2026, Beauval annonce qu’une étape décisive a été franchie dans son projet de Centre d’Études, de Recherche Scientifique et de Sauvegarde pour Dauphins, le CERSSD, dont l’ouverture est envisagée au 1er semestre 2027. Une charte entre le ministère et Beauval, encadrant strictement le projet, doit être signée dans les prochains jours ou semaines, avec la promesse d’un cadre scientifique, non commercial et transparent pour l’accueil et la gestion des dauphins.
Implanté sur plus de 2 hectares, le CERSSD prévoit 10 bassins pour une superficie totale de 10 000 m², 3 lagons paysagers, et des aménagements annoncés comme plus “naturels” (plages, rochers, vagues et courants). Les dauphins pourraient évoluer librement entre les bassins et se soustraire à la vue du public. Les technologies annoncées misent sur une filtration mécanique et biologique et une stérilisation par ozone et UV, sans ajout de produits chimiques, avec l’objectif d’une qualité d’eau optimale. Beauval présente l’ensemble comme une plateforme scientifique et pédagogique de référence, dédiée à la recherche, à la formation et à la conservation.
Une charte d’engagements qui encadre reproduction, transferts et transparence
La charte présentée prévoit une gouvernance scientifique renforcée, avec un comité scientifique et technique chargé du bien-être animal, de l’information du public et de la conservation. Beauval annonce l’absence de reproduction à court terme. Une reproduction future ne pourrait intervenir que sur recommandation du programme européen EEP, pour des raisons scientifiques ou d’équilibre social, sans insémination artificielle et après consultation d’un comité indépendant.
Les transferts seraient limités à l’objectif de préserver ou restaurer des groupes sociaux harmonieux, en tenant compte de l’âge, du sexe, de l’histoire individuelle et du comportement des animaux. Ils ne pourraient se faire que vers des établissements aux standards équivalents ou supérieurs, sans motivation commerciale, de communication ou de fréquentation. La charte ouvre aussi la porte à des enclos marins pour certains dauphins, si des places existent et sous réserve de validations scientifiques et administratives, avec des exigences de sécurité, de santé et de bien-être au moins équivalentes à celles de Beauval, et un respect des lignes directrices internationales (UICN, EAAM, EEP, ACCOBAMS). Beauval indique pouvoir mettre son expertise au service de ces projets, présentés comme complémentaires.
Enfin, le projet met en avant un haut niveau de transparence, avec évaluations régulières du bien-être, publications scientifiques et un rapport annuel public.
Un volet “protection en mer” mis en avant par Beauval
Beauval affirme que le CERSSD ne se limitera pas à accueillir des animaux captifs : le centre veut contribuer à la recherche, à la formation et à des actions de conservation en milieu naturel. Le projet évoque une coopération avec autorités, associations partenaires et réseaux scientifiques pour répondre aux urgences affectant les cétacés en mer, via expertise vétérinaire, moyens techniques d’analyse, participation à des programmes de suivi et partage de données, afin de renforcer la protection des populations sauvages et réduire les menaces.
Un projet contesté, sous menace de recours
En novembre dernier, 15 ONG et le rapporteur de la loi de 2021 avaient menacé de s’opposer au projet devant les tribunaux, dénonçant un “faux-semblant de sanctuaire” et la poursuite d’une exploitation commerciale des cétacés, notamment via la question de la reproduction et la continuité des transferts. Muriel Arnal dénonce un retour en arrière, estimant que le dispositif acte la reproduction en captivité et s’inscrit dans une logique commerciale. Le gouvernement, de son côté, considère que les alternatives proposées ne permettent pas de répondre à l’urgence et que les capacités d’accueil en sanctuaires ne suffisent pas.
Une décision imminente, une portée symbolique
À quelques semaines de l’échéance annoncée, le gouvernement doit arbitrer entre urgence technique et choix de long terme. Pour les dauphins, la trajectoire Beauval se dessine déjà, avec un calendrier qui vise 2027. Pour les orques, l’urgence des bassins impose un rythme beaucoup plus serré et rend à nouveau possible une solution espagnole, en attendant un hypothétique sanctuaire. D’ici fin mars 2026, l’État devra acter une issue définitive qui pèsera lourd dans la mise en œuvre de la loi de 2021 et dans l’avenir de la captivité des cétacés en France.
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