Marineland Antibes : transfert des dauphins à Beauval, orques vers l’Espagne, ce que prévoit le gouvernement pour 2026

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Le sort des cétacés du Marineland d’Antibes entre dans une phase décisive. Après une réunion inédite au ministère de la Transition écologique qui s'est tenue le 16 février 2026, l’État promet une décision définitive d’ici fin mars. En jeu : le transfert des 12 dauphins vers le ZooParc de Beauval et celui des orques vers l’Espagne, sur fond d’urgence structurelle des bassins et de débat sur les sanctuaires.

Le sort des cétacés du Marineland d’Antibes entre dans une phase décisive. Après une réunion inédite au ministère de la Transition écologique qui s'est tenue le 16 février 2026, l’État promet une décision définitive d’ici fin mars. En jeu : le transfert des 12 dauphins vers le ZooParc de Beauval et celui des orques vers l’Espagne, sur fond d’urgence structurelle des bassins et de débat sur les sanctuaires.
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Une décision attendue d’ici fin mars 2026

Depuis la loi de 2021 interdisant à terme les spectacles de cétacés et leur captivité en France, le gouvernement avance sous pression, entre la volonté de Marineland de déplacer rapidement les animaux, les ONG qui défendent des solutions de sanctuaires souvent encore à l’état de projet, et les contraintes techniques sur site. La réunion du 16 février 2026 a rassemblé l’exploitant, des représentants de l’État, des ONG, des scientifiques et des structures d’accueil potentielles. Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, assure que « toutes les options sont expertisées avec exigence et transparence », en particulier sur les garanties de bien-être animal. Le ministère annonce une décision définitive d’ici la fin mars 2026, avec une nouvelle réunion programmée dans 3 à 4 semaines.

Orques : l’urgence des bassins accélère les scénarios

La situation de Wikie, 24 ans, et de son fils Keijo, 12 ans, est désormais au cœur du calendrier. Un rapport d’expertise ayant fuité alerte sur l’état de délabrement des bassins construits en 2000 : très fissurés, fragilisés par les mouvements du sous-sol, ils nécessitent une maintenance permanente et seraient menacés d’un effondrement généralisé. Selon ce scénario, si la structure venait à céder, l’euthanasie des orques serait à envisager.

L’Espagne comme solution de repli, le Canada comme option incertaine
Marineland pousse depuis des mois pour un transfert vers le Loro Parque à Tenerife. Après avoir écarté d’autres pistes, dont un départ vers le Japon, et après des réserves précédemment exprimées sur la taille des installations espagnoles, le ministère semble aujourd’hui se résoudre à cette option au vu de l’urgence. L’entourage du ministre évoque la possibilité d’activer la solution Loro Parque « avec responsabilité », même si ce ne serait pas le scénario souhaité à l’origine.
En parallèle, l’option d’un sanctuaire au Canada a été remise sur la table en décembre, mais elle reste à un stade de projet et la capacité d’adaptation d’orques nées en captivité à Antibes demeure une inconnue majeure, ce qui limite sa crédibilité à court terme.

Les ONG divisées sur le “dernier choix” possible

Sea Shepherd, représentée par Paul Watson, plaide pour la création d’un sanctuaire pour orques en Méditerranée et affirme que l’ONG pourrait verser 500 000 € par an pour participer à leur maintien à Antibes dans l’attente d’une solution. D’autres associations, comme TideBreakers, défendent aussi l’idée de sanctuaires mais estiment qu’il est trop tard pour Wikie et Keijo. Un message relayé par Jason James Richter, l’acteur enfant de Sauvez Willy, va dans le même sens : contrairement à une fin de film, les 2 orques ne peuvent pas être relâchées en mer et leur seule chance de survie serait un transfert vers un autre parc.

Dauphins : Beauval “acté”, une ouverture prévue au 1er semestre 2027

Le dossier des dauphins apparaît, lui, beaucoup plus verrouillé. Pour les 12 dauphins de Marineland et les 11 de Planète Sauvage près de Nantes, le ministère indique que la solution portée par Beauval est désormais actée, faute d’alternative opérationnelle présentée par les ONG et en raison de capacités jugées insuffisantes dans les projets de sanctuaires en cours, notamment celui annoncé près de Tarente en Italie. One Voice conteste cet argument : sa présidente, Muriel Arnal, affirme que “quelques dauphins français” pourraient y être accueillis. Le gouvernement assure que le site de Beauval pourra être prêt au printemps 2027 et souhaite que les 12 dauphins de Marineland restent à Antibes jusque-là. Selon le rapport d’expertise, leur nombre, leur état de santé et les conditions de leurs bassins le permettent.

Le CERSSD : un centre inédit en Europe, pensé pour la recherche et le bien-être

À l’issue de la réunion du 16 février 2026, Beauval annonce qu’une étape décisive a été franchie dans son projet de Centre d’Études, de Recherche Scientifique et de Sauvegarde pour Dauphins, le CERSSD, dont l’ouverture est envisagée au 1er semestre 2027. Une charte entre le ministère et Beauval, encadrant strictement le projet, doit être signée dans les prochains jours ou semaines, avec la promesse d’un cadre scientifique, non commercial et transparent pour l’accueil et la gestion des dauphins.
Implanté sur plus de 2 hectares, le CERSSD prévoit 10 bassins pour une superficie totale de 10 000 m², 3 lagons paysagers, et des aménagements annoncés comme plus “naturels” (plages, rochers, vagues et courants). Les dauphins pourraient évoluer librement entre les bassins et se soustraire à la vue du public. Les technologies annoncées misent sur une filtration mécanique et biologique et une stérilisation par ozone et UV, sans ajout de produits chimiques, avec l’objectif d’une qualité d’eau optimale. Beauval présente l’ensemble comme une plateforme scientifique et pédagogique de référence, dédiée à la recherche, à la formation et à la conservation.

Une charte d’engagements qui encadre reproduction, transferts et transparence

La charte présentée prévoit une gouvernance scientifique renforcée, avec un comité scientifique et technique chargé du bien-être animal, de l’information du public et de la conservation. Beauval annonce l’absence de reproduction à court terme. Une reproduction future ne pourrait intervenir que sur recommandation du programme européen EEP, pour des raisons scientifiques ou d’équilibre social, sans insémination artificielle et après consultation d’un comité indépendant.
Les transferts seraient limités à l’objectif de préserver ou restaurer des groupes sociaux harmonieux, en tenant compte de l’âge, du sexe, de l’histoire individuelle et du comportement des animaux. Ils ne pourraient se faire que vers des établissements aux standards équivalents ou supérieurs, sans motivation commerciale, de communication ou de fréquentation. La charte ouvre aussi la porte à des enclos marins pour certains dauphins, si des places existent et sous réserve de validations scientifiques et administratives, avec des exigences de sécurité, de santé et de bien-être au moins équivalentes à celles de Beauval, et un respect des lignes directrices internationales (UICN, EAAM, EEP, ACCOBAMS). Beauval indique pouvoir mettre son expertise au service de ces projets, présentés comme complémentaires.
Enfin, le projet met en avant un haut niveau de transparence, avec évaluations régulières du bien-être, publications scientifiques et un rapport annuel public.

Un volet “protection en mer” mis en avant par Beauval

Beauval affirme que le CERSSD ne se limitera pas à accueillir des animaux captifs : le centre veut contribuer à la recherche, à la formation et à des actions de conservation en milieu naturel. Le projet évoque une coopération avec autorités, associations partenaires et réseaux scientifiques pour répondre aux urgences affectant les cétacés en mer, via expertise vétérinaire, moyens techniques d’analyse, participation à des programmes de suivi et partage de données, afin de renforcer la protection des populations sauvages et réduire les menaces.

Un projet contesté, sous menace de recours

En novembre dernier, 15 ONG et le rapporteur de la loi de 2021 avaient menacé de s’opposer au projet devant les tribunaux, dénonçant un “faux-semblant de sanctuaire” et la poursuite d’une exploitation commerciale des cétacés, notamment via la question de la reproduction et la continuité des transferts. Muriel Arnal dénonce un retour en arrière, estimant que le dispositif acte la reproduction en captivité et s’inscrit dans une logique commerciale. Le gouvernement, de son côté, considère que les alternatives proposées ne permettent pas de répondre à l’urgence et que les capacités d’accueil en sanctuaires ne suffisent pas.

Une décision imminente, une portée symbolique

À quelques semaines de l’échéance annoncée, le gouvernement doit arbitrer entre urgence technique et choix de long terme. Pour les dauphins, la trajectoire Beauval se dessine déjà, avec un calendrier qui vise 2027. Pour les orques, l’urgence des bassins impose un rythme beaucoup plus serré et rend à nouveau possible une solution espagnole, en attendant un hypothétique sanctuaire. D’ici fin mars 2026, l’État devra acter une issue définitive qui pèsera lourd dans la mise en œuvre de la loi de 2021 et dans l’avenir de la captivité des cétacés en France.

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.