Les matériaux de nos bateaux

Yachting
Jeudi 10 mars 2022 à 11h30

Depuis le milieu des années 70, le polyester règne en maître dans les chantiers de grande production. Mais il a ses variations, et surtout ses exceptions. Entre monolithique, sandwich, carbone, aluminium, bois, epoxy et moult subtilités nous avons fait le tour de l’âme de nos bateaux…

Chantier Dubourdieu ©Marc De Tienda
Depuis le milieu des années 70, le polyester règne en maître dans les chantiers de grande production. Mais il a ses variations, et surtout ses exceptions. Entre monolithique, sandwich, carbone, aluminium, bois, epoxy et moult subtilités nous avons fait le tour de l’âme de nos bateaux…

Entre hausse vertigineuse des cours du pétrole et impact écologique à minorer, le si économique composite polyester voit certaines certitudes s’effondrer. Historiquement, ses composants, des fibres de verre et de la résine polyester dont il tire son nom, sont d’un très bon rapport prix / propriétés de résistance. Qui plus est, sa mise en œuvre en moule femelle est parfaitement adaptée à une production en série : temps de production optimisés, qualité du composite réalisé sous vide (infusion) et excellent niveau de finition, l’ensemble étant duplicable à souhait. Certes l’investissement de départ en outillage est important, mais plus il en sortira de bateaux, mieux il sera amorti, c’est la loi de l’industrie.

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© DICOM - SALOM GOMIS - SIPA

Au royaume du polyester

Ce matériau brut, ou plus exactement monolithique, sous l’influence de la course au large notamment, a évolué pour devenir ‘sandwich’. En insérant une ‘âme’, on améliore le ratio poids / résistance du composite. Cette âme, selon la zone d’utilisation, peut être constituée de balsa, de contre-plaqué, de feutre ou de mousse. Si le bois est de moins en moins courant, ses qualités de résistance à la pression ou au cisaillement restent pourtant appréciées dans des endroits très sollicités comme le pied de mât, les pieds de winches, ou autour des axes de barres à roue. Lorsque le programme se veut œcuménique, un mix est proposé entre œuvres vives en monolithique extrêmement résistantes au poinçonnement (échouage, chocs…) et œuvres mortes au-dessus de la flottaison en sandwich pour alléger au maximum.

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60 Pieds Imoca L'occitane en Provence © Pierre-Bouras

Sandwich à la carte

Mais cette âme ne serait rien sans une structure susceptible de résister aux efforts énormes que subissent nos bateaux, à voile ou à moteur. La fibre de verre se taille en la matière une large part de marché, toujours pour des raisons économiques. Selon les zones, sa présentation et son poids au mètre carré, varient pour s’adapter le plus précisément possible aux contraintes. Sur les bateaux les plus performants, elle peut être remplacée par de la fibre carbone dont la résistance est de 70% à 140% supérieure à poids. En version ‘haut module’ la fibre de carbone, le niveau de performance est même de 400 à 500% plus élevé. A résistance égale, le gain se fait alors sur le poids, dans le même ordre de grandeur. Beaucoup moins flexible le carbone apporte une raideur favorisant la performance. Mais cela pénalise aussi le confort, car aucun bruit n’est amorti. D’où l’usage de renforts carbone localisés, seulement là où les efforts sont les plus importants.

Le roi epoxy

Enfin, dernier élément constitutif du composite, la résine fait le liant entre les fibres et l’âme. La résine polyester, a même fini par donner son nom au matériau pourtant composite. Sensible à l’osmose, phénomène qui a défrayé les chroniques nautiques à la fin du siècle dernier, elle est de désormais souvent remplacée par du vinylester, ou de la résine epoxy, insensibles à ce phénomène. Cette dernière offre de meilleures performances physiques mais requiert une mise en œuvre (température, hygrométrie…) plus soignée.

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Ovni 400 Alubat© MULTImedia

L’alu pour voyager loin

Derrière la très vaste industrie du ‘plastique’, quelques constructeurs continuent sur des chemins différents qui offrent d’autres avantages. Matériaux très résistant, l’aluminium a une capacité de déformation sous l’effet de chocs, qui séduit les navigateurs au long cours. Son ratio poids-résistance est très intéressant, et on peut faire varier son épaisseur selon les zones. Surdimensionnées dans les fonds, les tôles peuvent passer de 12mm dans les fonds à 6mm sur les bancs de cockpit, optimisant ainsi le devis de poids. Ne nécessitant pas de moules, l’investissement de départ est réduit, mais demande en contrepartie plus d’heures de travail et un vrai savoir-faire pour obtenir un rendu de coque au rendu parfait.

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RM970 © MULTImedia

Le bois n’a pas dit son dernier mot

Enfin, mais nous aurions pu écrire aussi, à l’origine, il y a le bois. Une technique de production onéreuse, reprise pourtant parfois en petite série à l’image des fameux RM. Leurs lignes tendues et à bouchains sont liées à leur mode de construction en CP-epoxy. Facilité de travail du bois, rigidité des collages epoxy, finitions intérieures laquées faciles à entretenir c’est le trio gagnant de ce mode constructif. Plus rustique encore sont les fameux plans Wharram, dont la simplicité des plans et des matériaux a le bon goût de permettre encore à un constructeur amateur de partir sur un bateau réalisé de ses mains.

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Outremer 5X Pont en fible de Lin Roland Jourdain © Robin Christol

Construire propre, naviguer sain, recycler bien

Alors que la problématique de la déconstruction des premiers bateaux en polyester produits par l’industrialisation de la plaisance se fait de plus en plus prégnant, l’avenir de nos bateaux sera écologique ou ne sera pas. Fibre de bambou, fibre de lin, bâches d’infusion réutilisables… de nombreuses évolutions sont en cours et ne devraient pas manquer de se diffuser de plus en plus largement. Car les alternatives, bois ou aluminium, qui ont entre autres avantages, celui d’être quelque part ‘recyclables’, ne peuvent, économiquement parlant, que concerner de la petite série. Mais ils continueront de faire le bonheur de constructeurs amateurs éclairés pour le premier, des bateaux de grande croisière bien sécurisées et des grandes unités sur mesure pour le second.

POIDS DE DIFFÉRENTS BORDÉS A RÉSISTANCE ÉGALE

> Polyester monolithique : 13,5 kg/m2

> Sandwich mousse-verre : 9,1 kg/m2

> Sandwich mousse carbone : 3,6 kg/ m2

> Lamellé collé Red Cedar : 10,9 kg

> Contreplaqué : 11,75 kg

> Aluminium : 13,7 kg

Source : Matériaux composites, Editions Loisirs Nautiques, Erik Lerouge.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.
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