2 000 milles pour sortir du Pacifique !

Vendée Globe
Lundi 28 décembre 2020 à 7h18

Yannick Bestaven est toujours en tête de la flotte mais le skipper de Maître CoQ IV n’est pas arrivé à se « libérer » de la pression de ses poursuivants : Charlie Dalin est dans sa roue, et le groupe des chasseurs suit à une poignée de milles le long de la Zone d’Exclusion Antarctique. Et il y a encore 2 000 milles à parcourir pour atteindre la « sortie du tunnel » Pacifique ! Un océan qui largue bien des seaux d’eau sur les solitaires…

©Pierre Bouras / TR Racing
Yannick Bestaven est toujours en tête de la flotte mais le skipper de Maître CoQ IV n’est pas arrivé à se « libérer » de la pression de ses poursuivants : Charlie Dalin est dans sa roue, et le groupe des chasseurs suit à une poignée de milles le long de la Zone d’Exclusion Antarctique. Et il y a encore 2 000 milles à parcourir pour atteindre la « sortie du tunnel » Pacifique ! Un océan qui largue bien des seaux d’eau sur les solitaires…

Ça drache velu ! Entre les cataractes qui déferlent sur le pont et les giboulées qui dégorgent du ciel, les leaders sont couverts d’une strate d’eau telle que la mousse va finir par éclore… Et ce n’est pas fini : sur la route du cap Horn, c’est une saucée quasi permanente qui s’annonce dans ce front chargé de pluie, voire de grêle et de neige fondue. Car en se rapprochant de la banquise antarctique, les températures chutent comme Santa Claus dans la cheminée, et les dépressions se régénèrent d’un air bien frais, gonflé d’humidité !

La mer est une grande leçon… d’humidité

Parlons-en justement de ce taux excessif qui rappelle les années sombres de l’abyssal déficit budgétaire : saturation d’humidité, condensation permanente, eau de mer qui dépasse à peine les 5°C… Dans le front qui balaye la tête de flotte depuis quelques heures, ce sont plus de 95% d’eau qui dégoulinent de ces nuages sombres que même la pleine Lune n’arrive pas à percer. Le monde pacifique n’est qu’une éponge pissant son fluide comme une source puisant sa substance d’une nappe phréatique… L’éclaircie, ce n’est pas pour demain, peut-être pour après-demain, mais pour quelques instants seulement !

Car une fois que la perturbation, que Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) est judicieusement allé chercher dans le Nord, aura glissé vers l’Antarctique pour y finir ses jours, voilà qu’une autre dépression pointe à l’horizon en s’immisçant par derrière… pour passer par le point Nemo afin de se gorger d’eau et de piquer comme un missile vers la cordillère des Andes et finalement se fracasser sur les montagnes patagones ! La fin d’année s’annonce rude par 57° Sud et les solitaires qui s’enquéraient de la suite du programme, ne vont pas être déçus ! Il y aura bien une grosse houle, de belles vagues, du vent fort, des rafales violentes, des ondées sans fin et une pléiade de bises aussi fraîches qu’un goulag soviétique.

Des écarts qui se creusent… avant de se réduire

Côté situation en tête de la flotte, on se retrouve ce lundi matin avec quasiment les mêmes deltas que la veille de Noël avec Yannick Bestaven en locomotive, Charlie Dalin (Apivia) en tender à une centaine de milles, Thomas Ruyant (LinkedOut) dans la première rame à 280 milles environ, et le petit train accroché derrière Damien Seguin (Groupe APICIL) et qui s’étire jusqu’à Louis Burton (Bureau Vallée 2) à 570 milles du leader. Mais la configuration devrait se tasser dès mardi soir quand la dépression aura passé son chemin pour laisser dans son sillage un flux d’Ouest modéré d’une quinzaine de nœuds. Une petite pause bienvenue avant le bon coup de chien programmé pour les derniers jours de l’année.

Théoriquement le nouveau vent portant (Sud-Ouest) arrivant par derrière, il devrait y avoir compression et les écarts devraient se réduire avant d’aborder les dernières vagues déferlantes du Pacifique : le débordement du cap Horn le samedi 2 janvier s’annonce tout de même assez tonique avec plus de trente nœuds d’Ouest sous le détroit de Magellan… Et avec cinq bons mètres de creux aux abords des îles ! Normalement, les leaders devraient raser le phare pour s’abriter derrière ces côtes déchiquetées afin de retrouver « la paix » et surtout une mer plus calme dans le détroit de Lemaire. 

La guirlande se compresse par le centre

Éparpillée jusqu’au cap Leeuwin (voire plus pour Sébastien Destremau qui se dirige toujours vers la Tasmanie), la flotte semble elle-aussi se compresser sous l’influence des dépressions australes. Le finlandais Ari Huusela (STARK) devrait ainsi franchir la longitude du deuxième cap dans la journée, 200 milles derrière Alexia Barrier (TSE-4myplanet) qui a passé Leeuwin à 0h48 (heure française) ce lundi et qui a dû bricoler le week-end dernier avant d’aborder la fin de cet océan Indien que Manuel Cousin (Groupe Sétin) et Kojiro Shiraishi (DMG MORI Global One) devraient boucler en fin de journée.

Car le Pacifique, ils y sont déjà : Jérémie Beyou (Charal) et Stéphane Le Diraison (Time for Oceans) en gouttent d’ailleurs les prémices avec un méchant front descendu de la Tasmanie. Et s’ils ne sont pas très rapides, c’est bien parce que l’état de la mer n’est pas coopératif ! A contrario devant ce front, Pip Hare (Medallia) et Arnaud Boissières (La Mie Câline-Artisans Artipôle) en ont bien profité au point de revenir dans le tableau arrière d’Alan Roura (La Fabrique) emberlificoté par une quille récalcitrante hier…

Quant au trio Attanasio-Tripon-Crémer qui s’étale le long de la ZEA au milieu du Pacifique, il grappille les milles sur la tête de la flotte au point d’envisager un retour aux avant-postes avant même le passage du cap Horn ! Il risque fort d’y avoir embouteillage au Sud de l’Amérique du Sud en tout début d’année. Rien à voir avec fin 2016 lorsque le futur vainqueur, Armel Le Cléac’h, avait déjà paré ce même jour, l’archipel des Malouines depuis une journée…

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.